« La Corse est un petit continent », aiment dire celles et ceux qui cultivent la vigne dans leur île. On les comprend, tant le vignoble est varié quand on le parcourt : raisins des collines et des petites vallées de Patrimonio (Haute-Corse) au nord, grandes étendues dans la plaine orientale, parcelles exposées à flanc de montagne du côté de Sartène, plantations vers Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) qui profitent de la mer et de ses influences iodées.
Autant dire que les arômes offerts aux amateurs sont aussi diversifiés qu’intenses, à l’image du puzzle de terroirs, servis par une formation géologique complexe, et de la variété de cépages autochtones – c’est-à-dire originaires de l’île. Les débats sont d’ailleurs fréquents entre les vignerons mettant l’accent sur ces ceps endémiques, et d’autres privilégiant le terroir. Entre le raisin et la terre…
« Manque d’ouverture »
La controverse est de nature quasi identitaire. Elle est aussi très concrète. Jean-Charles Abbatucci, qui produit en biodynamie parmi les plus grands vins de l’île, au Domaine Comte Abbatucci, à Casalabriva, entre Sartène et Ajaccio, se bat pour la mise en avant des raisins autochtones et anciens. Logique, il a hérité de dix-huit cépages îliens cultivés par son père, qu’on retrouve souvent dans ses cuvées. Mais certains d’entre eux ne sont pas reconnus par les appellations corses. Aussi Jean-Charles Abbatucci a-t-il claqué la porte du comité régional de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) et, surtout, il a quitté l’appellation vin-de-corse. Il produit ses cuvées en « vin-de-france » et ne peut même plus inscrire « Corse » sur ses étiquettes. Un comble, s’amuse-t-il, pour un chantre de l’« agriculture historique » et locale.
Il vous reste 73.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.