Les cépages acides redécouverts par le Centre de Recherche Viti-vinicole Insulaire (CRVI), le Riminese, le Genovese, le Cualtacciu, restent hors AOP. Les appellations corses vont-elles les intégrer ?
La Corse a la chance d’avoir son propre catalogue de cépages autochtones, grâce au CRVI. Ils ne nous sauveront pas si on file vers plus trois degrés, mais c’est un atout que d’autres n’ont pas. Nos cahiers des charges, eux, datent. Patrimonio, c’est 1968, l’AOP Corse 1 976. Ma génération en a hérité de ses grands-pères, qui ne voyaient pas ces vieux cépages du même œil et les connaissaient mal. C’est pour cela que dès la fin de l’année, on va faire le tour des AOP, voir les vignerons et rouvrir ces cahiers des charges. L’intégration des vieux cépages, ce sera le gros sujet. Sur l’AOP Calvi, je sais déjà que presque tous les vignerons sont pour.
« Il faut donner de la souplesse aux vignerons »
Changer les cépages, planter en altitude, jusqu’où peut-on adapter le vin corse sans lui faire perdre son identité ?
Mon exemple, c’est Châteauneuf-du-Pape, une des plus vieilles appellations de France. Treize cépages autorisés, aucune proportion imposée. Un vigneron peut y faire un 100 % grenache comme un 100 % clairette et rester en appellation. Ce qui fait la signature, c’est le terroir et le climat, avec une poignée de cépages historiques. Adapter les cépages, monter en altitude, cela ne fera pas perdre au vin ce qui le rend corse. Le souci, c’est que l’AOP est une vieille institution, une grosse machine. La faire tourner, c’est comme vouloir faire demi-tour avec un gros bateau au lieu d’un Zodiac. Je comprends ces lourdeurs, mais ça va trop vite maintenant, on n’a plus quinze ans d’études devant nous. Il faut donner de la souplesse aux vignerons.
Entre le climat et le marché, comment tenez-vous les deux bouts ?
On a trente ans de retard, et c’est une question de moyens. La recherche sur ces cépages n’a jamais été une priorité de l’État et l’argent n’a pas suivi. Ce sont des centres locaux comme le CRVI, très dynamiques, qui font avancer les choses, mais trop lentement à mon goût.
Et aujourd’hui, on se bat sur deux fronts. Le climat qui pèse sur la qualité et les volumes, et un marché national qui se tend. Mais ce qui compte vraiment, c’est ce qu’on transmet. Personne n’a envie de laisser à ses enfants une vigne dont il dira, dans quarante ans, qu’elle ne vaut rien. Le CRVI a quinze ans de recul maintenant, et on sait que ces vieux cépages ne sont pas moins bons que les principaux. Il faut juste y mettre les moyens, en se disant qu’il n’est pas trop tard.