Les vins corses brillent | La Presse


Au cœur de la Méditerranée, la Corse est baignée de soleil presque toute l’année. Cette lumière ne fait pas que dorer ses plages ; elle fait aussi mûrir ses raisins, qui donnent des vins dont la qualité rayonne maintenant au-delà de l’île.

(Haute-Corse) Les eaux turquoise et cristallines de l’île de Beauté attirent chaque été des millions de visiteurs. Pendant qu’ils profitent des étendues de sable fin et des paysages préservés, à moins de 30 kilomètres de la côte, les vignerons s’activent.

Paul-Antoine et Florian Suzzoni ont repris les vignes familiales du Clos Culombu, tout près de Calvi, en 2016. Les deux frères n’avaient pas encore 30 ans.

« On a arrêté de vendre les raisins en vrac, explique l’aîné, Paul-Antoine. On veut redorer l’image des vins corses. »

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Le Clos Culombu au coucher du soleil

Au cœur de la mer Méditerranée, cette île française se situe beaucoup plus près de l’Italie que de la France. Et pas seulement sur le plan géographique. Ses habitants parlent une langue beaucoup plus proche de l’italien que du français. Ils cultivent davantage de cépages issus de la botte italienne que de l’Hexagone.

Cette identité n’a pourtant pas toujours été une force. Dans les années 1970, la production de vins de masse a terni la réputation du vignoble corse. Les prix se sont effondrés. Des milliers d’hectares ont été arrachés, tandis que de nombreux producteurs ont abandonné la viticulture.

Aujourd’hui, le mouvement s’est inversé. Alors que plusieurs régions françaises voient leurs vignobles reculer, la Corse connaît un nouvel élan. Une génération de jeunes vignerons redonne vie aux terroirs et transforme les vins.

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Les frères Paul-Antoine et Florian Suzzoni

La Corse est un vignoble en devenir. C’est le Nouveau Monde dans le Vieux Monde.

Paul-Antoine Suzzoni, vigneron, Clos Culombu

Dans un marché saturé de chardonnay et de cabernet-sauvignon, les producteurs misent sur des variétés de raisins autochtones oubliées. Ils remettent en valeur le sciaccarellu, le biancu gentile, ou encore le genovese.

« C’est une grande chance d’avoir une telle diversité ampélographique, dit Pierre Acquaviva, du Domaine Alzipratu. Ça nous permet de renouveler notre offre, tout en restant ancrés dans la tradition et dans le patrimoine insulaire. »

Mais avec 2800 heures de soleil par année et le vent chaud provenant du sud-ouest, la sécheresse menace la viticulture corse comme partout autour de la Méditerranée.

La Corse possède néanmoins un atout de taille : ses montagnes.

Entre mer et montagne

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Les montagnes sont un grand atout pour la culture du raisin.

Le propriétaire du restaurant Petits Creux à Québec, Kim Colonna, retourne chaque année visiter sa Corse natale. Non pas pour profiter des plages, mais pour la montagne.

« On parle toujours de Porto-Vecchio ou de Bonifacio, dit le restaurateur et importateur de vin installé à Québec. Le nord de la Corse, c’est la partie la plus authentique. L’alliance mer-montagne rend les paysages et les villages magnifiques. »

Avec plus d’une centaine de sommets dépassant 2000 mètres d’altitude, la Corse est un paradis pour les randonneurs, notamment grâce au célèbre GR20. Cette altitude constitue aussi un précieux allié pour les vignerons.

« La montagne, c’est ce qui amène de la fraîcheur dans les vins », résume M. Colonna.

PHOTO KARYNE DUPLESSIS PICHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Planter des vignes en altitude, une piste de solution pour l’avenir ?

Pierre Acquaviva a planté un vignoble expérimental à 820 mètres d’altitude à Pioggiola. Aucun autre vigneron corse n’avait tenté l’expérience aussi haut dans la montagne.

Quand mon fils Marc’Andria m’a rejoint au domaine en 2018, j’ai senti que je devais travailler sur la résilience des vignes. Cette envie de reconquérir des terroirs oubliés, les terroirs d’altitude, m’a semblé une solution.

Pierre Acquaviva, vigneron, Domaine Alzipratu

Il y cultive notamment le sciaccarellu, un cépage emblématique de l’île qui produit des rouges juteux, croquants et très parfumés. Sensible aux fortes chaleurs, il pourrait trouver, en altitude, son terroir de demain.

Or, pour assurer l’avenir de cette viticulture, il faut d’abord faire connaître les vins corses. Ceux-ci représentent à peine 1 % de la production française.

« Ce sont les vins les plus méconnus de la Méditerranée », croit le restaurateur Kim Colonna.

Sans doute plus pour longtemps.

Une partie des frais de ce voyage a été assumée par les Vins de Corse, qui n’a eu aucun droit de regard sur le contenu du reportage.

Un vin corse à découvrir

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA SAQ

Yves Leccia E Croce 2025

L’île de Beauté produit une majorité de vins rosés. Celui-ci sort du lot. Il est élaboré par Yves Leccia, vigneron de Haute-Corse reconnu pour son travail sur les vieux cépages et la mise en valeur des terroirs. Cet assemblage de niellucciu et d’élégante, soit de sangiovese corse et de grenache, séduit par ses arômes de melon et de pêche blanche. Sa texture vineuse, relevée de notes végétales rappelant le maquis, accompagnera à merveille une tarte salée à la tomate.

Yves Leccia E Croce 2025 (11900821), 36,50 $, 13,5 %, bio



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