À Figari, Jean-Baptiste de Peretti a achevé les vendanges avec un sentiment doux-amer. C’est la cinquième fois qu’il ramassait le raisin sur les neuf hectares du domaine viticole qu’il a fondé en 2013 au cœur d’une propriété familiale de 40 hectares marquée par un climat rude et venté que ne troublent guère les chênes-lièges, les lentisques et les oliviers du maquis.
Mais les jeunes vignes sont plus sensibles aux épisodes climatiques difficiles. Au sud de la Corse, comme presque partout sur l’île et sur le continent, l’année 2021 a été compliquée.
Le gel au début du printemps et le mildiou à la fin de l’été ont rappelé au vigneron qu’il ne réussirait jamais à mettre notre mère la Terre, frère Vent, l’air et les nuages en bouteille…
Il n’y a pas songé. Au domaine de Peretti della Rocca, ce sont des vins corses nés de cépages autochtones que Jean-Batti veut embouteiller.
À la suite d’artisans visionnaires tels qu’Antoine Arena (Patrimonio) ou Christian Imbert (Porto-Vecchio) qui ont défriché pour l’avenir dès la fin des années 1970, Jean-Baptiste de Peretti sait que l’avenir de l’île ne repose pas dans les pratiques productivistes avec des cépages allogènes mais dans une viticulture à fort enracinement et à fort caractère, menée non par des fonctionnaires bien-pensants et zélés, mais par des hommes et des femmes ne se payant pas de mots.
C’est ainsi que Jean-Baptiste de Peretti a la parole rare mais le verbe juste pour présenter ses vins produits avec des cépages dont il est littéralement tombé amoureux : le sciaccarellu, d’abord, auxquels s’ajoutent le niellucciu, le minustellu et le bianco gentile qu’il a plantés au pied de sa maison pour donner naissance à des vins vifs, frais, floraux et épicés.
Splendeur originelle
Plus loin, la collection ampélographique du domaine familial, à la pérennité duquel travaille déjà le jeune Jules de Peretti en étudiant à Beaune, s’est étoffée avec du genovèse et du carcaghjolu neru, un cépage rouge auquel Yves Canarelli, le chef de file des neuf vignerons de l’AOP Corse Figari et le cousin de Jean-Baptiste de Peretti, a su faire redécouvrir dans sa splendeur originelle.
Au domaine de Peretti della Rocca, j’ai bu sept cuvées dont les plus simples (Jules et Joséphine) sont déjà grandes sur un mode mineur. Toutes bien en place, sans faute de goût. En blanc, en rouge et en rosé, la cuvée monocépage Colette est la plus ambitieuse. Pur sciaccarellu, le rouge 2019 est juteux, soyeux, libre et sauvage. Un vin de grand style, comme on les aime.
La passion qui anime Jean-Baptiste de Peretti et la conviction qui soutient sa démarche permettent de savoir, avec certitude, que la route est grande ouverte devant le vigneron et les siens.
Au domaine de Peretti della Rocca, on comprend que le vin, c’est beaucoup plus que du vin. C’est toute une histoire qui mérite d’être admirée à l’occasion de séjours sur place dans une bergerie ou une chambre de la maison familiale et racontée par des écrivains tels que ceux que le vigneron avait conviés, début octobre, pour une première édition du festival “Des vignes entre les lignes”.
J’en étais. C’est comme ça, et pas autrement, que j’ai vérifié à quel point le riacquistu, le mouvement de réappropriation de la viticulture corse, était inspirant et inspiré.
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