Avec près de dix à quinze jours d’avance sur les vendanges et un état sanitaire globalement satisfaisant, le millésime 2026 s’annonce prometteur en Corse. Mais derrière cet optimisme, les vignerons gardent un œil attentif sur les fortes chaleurs et le manque d’eau qui pourraient encore rebattre les cartes.
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a Corse n’y échappe pas, comme partout en France, le millésime 2026 a pris de l’avance. Selon les secteurs, les premières vendanges devraient débuter avec une dizaine de jours d’avance, voire davantage. Après un hiver et un printemps généreusement arrosés, la vigne a bénéficié de conditions favorables pour démarrer son cycle végétatif. « Il y a eu une très belle sortie de grappes et une jolie récolte se profile », observe François Franceschi, président du Conseil interprofessionnel des vins de Corse et viticulteur bio à Borgo. Si la campagne a été marquée par la pression mildiou en début de saison, notamment pour les exploitations biologiques, la maladie a finalement été maîtrisée. « En bio, cela a été compliqué, mais nous avons remporté le match cette année ! », s’enthousiasme-t-il.
Au-delà de cet épisode, peu de problèmes sanitaires ont été signalés. Les observations convergent d’ailleurs sur l’ensemble de l’île, avec une phénologie homogène et une précocité généralisée. « Tout le monde est unanime dans les différentes zones », souligne le vigneron. Reste toutefois une inconnue majeure : les fortes chaleurs enregistrées ces derniers jours. Elles s’ajoutent à la menace de la cicadelle africaine, un ravageur qui inquiète toujours les professionnels. « Un traitement a été autorisé en conventionnel, mais les résultats ne sont pas très probants. Il faut surtout savoir intervenir au bon moment », explique François Franceschi, touché par cet insecte l’an passé.
Du côté d’Ajaccio, Louis Musso, vigneron bio au domaine de La Sorba, se montre plus prudent. « Je préfère ne pas trop m’avancer », confie-t-il à une vingtaine de jours des vendanges. Depuis la mi-mai, le déficit hydrique s’accentue. Si les brises marines limitent les excès thermiques en journée, les nuits restent trop chaudes pour permettre à la vigne de récupérer pleinement. Conséquence : les baies demeurent de petites tailles et les jeunes plantations souffrent davantage que les années précédentes. « Cette année, j’ai dû arroser mes plantiers de deux ans, alors qu’habituellement seule la première année nécessite un apport d’eau », explique le vigneron, qui réfléchit désormais à investir dans un système d’irrigation.
Malgré ces tensions, les premiers indicateurs restent encourageants. François Franceschi ne constate pas de blocage de maturité, notamment grâce aux parcelles irriguées, et les contrôles de maturité débutent cette semaine dans les caves coopératives.
Tous espèrent désormais que les prochaines semaines confirmeront ce potentiel. Car au-delà de la qualité du millésime, c’est aussi l’équilibre économique des exploitations qui est en jeu. « Les trésoreries sont tendues. Le consommateur a perdu du pouvoir d’achat et la petite bouteille plaisir est souvent la première à être sacrifiée », rappelle le président de l’interprofession. Plus que jamais, les vignerons corses comptent sur un beau millésime pour retrouver un peu d’oxygène.