Saint-Vincent à Ajaccio : la viticulture sous le signe du partage et des défis


Les vignerons d’Ajaccio ont fêté samedi 24 janvier Saint-Vincent, leur saint patron. Une 27e édition, coorganisée par l’AOP d’Ajaccio et l’Office de tourisme de la ville. Un temps de partage et de communion.

« Ùn si trova u vinu bonu, chè quand’ellu hè bitu ». Le proverbe corse a pris tout son sens hier sur la place Campinchi, à Ajaccio. Saint-Vincent, célébré le 22 janvier, a été fêté comme il se doit ce samedi 24 janvier. Une célébration en trois temps : dégustation, bénédiction du vin nouveau puis une soirée festive. Un temps de partage, malgré les difficultés que rencontre la viticulture insulaire.

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U Sciaccarellu, cépage roi en ses terres

« Je vous fais goûter messieurs-dames ? » Sur la place Campinchi, les dégustations fusent. Les 19 vignerons de l’AOP Ajaccio s’affairent pour fêter leur saint patron et mettre à l’honneur le cépage roi de la région ajaccienne : u sciaccarellu. Une confrérie lui est même dédiée en son honneur depuis 30 ans. Jean-Baptiste Valle est le président de la confrérie des compagnons du Sciaccarellu : « C’est une joie de retrouver tous nos compagnons d’un seul coup, puis ça nous permet d’échanger avec des gens, des professionnels et des sommeliers.« 

C’est le cas de Lou et Fanny, deux sommelières venues de Patrimoniu à la recherche de nouveaux vins, dans le but de faire découvrir de nouveaux millésimes à leurs clients.

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Les 19 vignerons de l’AOP Ajaccio ont pu faire déguster leurs différentes cuvées et millésimes © Radio France – Olivier Castel

Un cépage phare de l’AOP Ajaccio dont Romain Salasca est le président : « Je suis de Peri. Sur la commune, il y avait 38 vignerons après-guerre, 140 hectares de vignes, et 98 % de sciaccarellu, c’est vraiment le cépage qui s’épanouit le mieux sur la région d’Ajaccio. C’est un cépage qui commence à être connu, mais qu’on avait oublié pendant un laps de temps assez long. »

Un oubli dû à un mode de consommation différent, selon le vigneron : « Il faut imaginer aussi que le vin était produit pour les ouvriers. La consommation de vin, comme on la connaît aujourd’hui dans les bars à vin, le soir, les hommes, les femmes, c’était assez peu fréquent. C’est une question de mode aussi, à un moment donné le Niellucciu, variété du Nord de la Corse, avait le vent en poupe. Aujourd’hui, le vin est démocratisé, on en boit partout, on en boit de manière peut-être plus raisonnée, mais on en boit mieux. La qualité des vins aussi a nettement augmenté. On a aussi aujourd’hui des moyens techniques. Je pense à l’inox, je pense au froid, je pense à l’hygiène, qu’aujourd’hui, on maîtrise très bien. Et dans les années 60, c’était quand même pas la même chose. Donc la qualité des vins aussi s’est améliorée. Et c’est depuis 15-20 ans que le sciaccarellu reprend un peu ses lettres de noblesse. »

Aléas climatiques et menaces économiques : la crainte de la filière

Laetitia Tola, viticultrice à Eccica-Suarella, fait partie des 19 vignerons de l’AOP Ajaccio : « C’est un plaisir de retrouver les gens dans un contexte festif ! » Une joie qui prend le dessus sur les aléas rencontrés cette année, notamment une baisse de la production constatée au sein de l’AOP : « On n’a pas eu beaucoup d’eau, donc les grains sont restés petits, ce qui entraîne une concentration rapide et des degrés élevés par rapport à quelque chose de plus classique. Ce ne sont plus les quantités qu’on espérait, mais on est content maintenant lorsqu’on arrive à produire 30 hectolitres par hectare. »

Sécheresse, feux, grêle : autant de facteurs qui inquiètent les vignerons selon Romain Salasca, à la tête d’une exploitation de neuf hectares de vignes et 350 ruches : « On voit des longues périodes de sécheresse. On ne sait pas trop sur quel pied danser. Tous les ans, c’est un peu tapis. Donc le changement climatique, oui, on le voit arriver. »

Même craintes également sur le marché de l’exportation, qui représente tout de même 20 % de la production viticole de l’île, selon le Conseil interprofessionnel des vins de Corse. Les viticulteurs disent craindre pour leur avenir, notamment à cause des menaces d’augmentation de droits de douane par Donald Trump, le président des Etats-Unis d’Amérique : « Il faut aussi qu’on arrive à segmenter notre marché, être présent sur l’île, être présent en France, en Europe et à l’export. Et effectivement, quand Donald Trump, du jour au lendemain, met 200 % puis deux jours après les enlève et puis on n’est pas à l’abri, les marchés ont besoin de stabilité. On essaye au maximum de maintenir nos marchés à travers les salons, les salons internationaux. Je pense au Wine Paris, mais il y a des salons un peu partout en France où c’est aussi l’occasion de se retrouver, de concrétiser ou de solidifier nos échanges. »

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