2 600 ans que la vigne pousse en Corse. Plantée par les Grecs, développée par les Romains, décimée par le phylloxéra, ressuscitée par des vignerons obstinés : le vignoble insulaire raconte une histoire de résilience.
Entre cépages autochtones et terroirs d’exception, la Corse écrit ses lettres de noblesse viticoles. François Franceschi, président du Conseil interprofessionnel des vins de Corse (CIVC), raconte la renaissance de ce vignoble millénaire.
Une restructuration radicale
Il explique « Le vignoble corse a été restructuré avec un arrachage en 2009. Avant cette date, il était de près de 7 000 hectares. Nous en avons perdu 1 000. Aujourd’hui, nous avons le fruit du travail de ces vignes jeunes qui sont comme les humains, elles ont plus d’énergie. Je dis souvent que la vigne, c’est comme un être humain. »
En trente ans, l’île est passée de 30 000 hectares de vignes productivistes à un vignoble recentré sur la qualité.
La production se répartit désormais entre 2 940 hectares en AOP (51 %) et 2 800 hectares en IGP Île de Beauté (49 %). « Aujourd’hui, nous produisons 120 000 hectolitres en AOP et tout le reste en IGP », précise le président. Le vignoble s’articule autour de neuf Appellations d’Origine Protégée, avec Patrimonio et Ajaccio comme « Crus de Corse ». La force réside dans les cépages endémiques : trente recensés dont Le Niellucciu, le Sciaccarellu, le Vermentinu, ou le Muscat à petits grains.
« Le vin corse, c’est 68 % de vin rosé », confirme François Franceschi. « La production principale des caves coopératives, c’est le rosé, essentiellement pour la grande distribution. » Les blancs représentent 17 % et les rouges 15 %.
Le bio en tête et l’export en progression
Avec 1 878 hectares certifiés ou en conversion (32 % du vignoble), la Corse figure parmi les leaders français. « La grande force du vignoble corse, c’est cette énorme proportion de bio par rapport à la taille de l’île », analyse François Franceschi. Patrimonio affiche l’ambition de passer intégralement en bio.
« Notre pays principal d’exportation c’est l’Allemagne, révèle le président. Un marché que nous avons depuis presque 40 ans. » Malgré les obstacles – « Il y a eu un double frein avec le Covid et les premières taxes Trump en 2018 qui ont divisé les volumes par deux pour les États-Unis » – 40 % de la production s’exporte aujourd’hui.
« Notre adaptation au climat et au réchauffement climatique est un chantier permanent », reconnaît François Franceschi. « Aujourd’hui, on est contraint d’irriguer la vigne pour avoir des rendements. On subit la chaleur et on doit faire face à de nouveaux prédateurs notamment la cicadelle africaine. »
L’innovation passe par l’altitude : « On a un domaine expérimental qui a été implanté à Pioggiola, en Balagne, à 800 mètres d’altitude », indique-t-il.
Quel avenir pour le vignoble corse en 2040 ? « Je dirais que le vaste chantier de la reconnaissance des vins corses est en cours. Notre vignoble est en train d’écrire ses lettres de noblesse. »